Jacob JEAN-JACQUES
Ce blog publie les travaux de Jacob JEAN-JACQUES, qu'il s'agisse de poèmes autoethnographiques, de réflexions, de notes ou de fiches de lecture.


quand christophe arrivait
quand christophe arrivait
au nord de quisqueya
il planta une croix sur la plage
le pays était haut
des montagnes élevées
lui rappelaient grenada
comme l'île était petite
le navigateur cria
voici hispaniola
les pauvres amérindiens
prenaient ces blancs armés
pour des dieux merveilleux
ils offraient volontiers leur or
et autres petits présents
mais ces hommes insatiables
avaient d’autres intentions
très ou trop catholiques
au nom de la couronne
au nom de tous les saints
il fallait marquer le monde
et faire bien apparaître
depuis le trône céleste
des sillons coloniaux
ainsi en quelques années
ils ont bien massacré
tout le peuple d'haïti
on fait venir des nègres
jugés plus résistants
plus capables d’endurer
tout le fardeau du monde
achetés par petits lots
en afrique
revendus aux acheteurs
souvents des revendeurs
qui font tourner le monde
on meurt de toute façon
quand on devient esclave
on n’est même pas un chien
pour le cerveau du maître
qui ne compte que des bras
que la rente
la terre tourne aujourd’hui
avec d’autres massacres
sur le sol d'haïti
c’est moins expéditif
il paraît
la destruction de la production nationale
l’interdiction de former une armée
l’endettement systématique
le commerce de la drogue
le commerce des armes
l'ingérence salutaire
la terre tourne aujourd’hui
avec d’autres génocides
sur plusieurs continents
et je marche dans le monde
joyeux comme un soleil
aujourd'hui à grenade
j'ai rencontré
christophe
et la belle isabelle
ils discutaient d'épices
d'aventures et de terres
à conquérir
comme deux bons chrétiens
ils pensaient à la croix
qu'il convenait d'apporter
chez les pécheurs du monde
j'ai tenté plus d'une fois
de prendre part
à la conversation
j'avais deux mots
à dire à la reine et à l'autre
comment vont le paradis
et les récompenses
pour les amérindiens massacrés
sur la terre d'Haïti
jacob jean-jacques
guadix le 15 août 2026
poème autoethnographique
provocation
i don’t speck englitsh
je n'ai jamais aimé l'aimer l'école
don’t eskize m
don’t excuse jean bertrand aristide
don’t excuse oncle sam
maman louloune me disait
que quand j’avais quatre ans
j’étais un enfant téméraire
j’insultais à haute voix le Bon Dieu
on me fouettait pour cela
mais je n’en faisais qu’à ma gueule
elle avait honte maman
puis j’ai abandonné
maman louloune me rappelait
que quand j’avais six ans
j’étais un enfant terrible
j’insultais à haute voix
caché dans les claustras
la file des yankees qui marchaient
sur ma ville avec des bottes noires
des vert olive et noires
leurs armes dans leurs deux mains
n’étaient pas plus cruelles
que leurs visages vides
maman loulou a oublié
que quand j’avais dix ans
j’écrivais sur une feuille d’évaluation
de la grammaire française
maître bay papatte
maître bay papatte
en guise de réponse à chacune des questions
que je n’avais pas honte
comme l'espérait mon maître
de ma moyenne 1,81
sur 10
ou 18.1 sur 100
qui était générale
je n’ai pas toujours aimé le Bon Dieu
et il m’a pardonné
je n’aime pas la grammaire
je n’aime pas les tueurs
je n’ai jamais aimé l’école
i don’t speck englitsh
don’t ekskuze m
don't excuse les diplomates
l'opposition démocratique subalterne
le peuple réactionnaire
don’t excuse jean bertrand aristide
don’t excuse oncle sam
i like speck français
don't excuse nadine
don't excuse rousseau
don't excuse rfi
jacob jean-jacques
paris, le 09/07/2026
17 :51
18 mai
ma fille cadette m’a demandé
est-ce que Christophe Colomb
est encore vivant
puis l’aînée me reproche
tu n’as jamais écrit
de poème pour notre joli drapeau
toutes les filles aiment Dessalines
je n’ai jamais écrit
de poème pour le 18 mai
c’est une œuvre réservée
aux génies
vois-tu
où trouverais-je cet art
à coudre les âmes
d’un peuple déchiré
martyr exemplaire
de l’histoire du monde
mon âme à moi en éclat
me recherche
et me met en recherche
toutes les filles du monde
aiment le général
Colomb est mort
et puis
il faudrait
que le poème bicolore flotte
sans oublier les paysans
les madan sara
les kokorats
et les âmes errantes
qui parcourent la terre
respirant en silence
l’histoire de leurs ancêtres
sans oublier ceux
qui portent aussi fièrement
d’autres drapeaux
et de musiques du monde
le général aime les filles
j'ai dans ma chambre
un petit cadeau
un drapeau du Brésil
made in usa je crois
je n’ai jamais interrogé
les drapeaux
je n’ai jamais demandé
à qui profite le commerce
des symboles du mois de mai
et si j’étais génial
j’aurais cousu moi-même
une chanson d’amour
pour un petit pays
et son drapeau
et ses héros
avec des tissus
made in Petit-Goâve
toutes les filles aiment Dessalines
Christophe Colomb est mort
Jacob JEAN-JACQUES
Paris, le 18 mai 2026
Cité Internationale Universitaire de Paris
Mère-Grand-Père
les élites mégalos
ont vendu les récoltes
pour cinq sous
les élites mégalos
ont volé tes souliers
montre-moi ta figure
Grand - Père
Mère - Grand
montre-moi ta démarche
le premier jour de l’an
janvier 1804
c’était fini corvée
n’est-ce pas
c’était fini la peur
du blanc tueur violeur
à volonté mon blanc
à volonté chéri
avez-vous joué
Yaya, Ti Roro et Banda
à volonté
bénie
la terre qui désormais
vous parlait doucement
vos langues se réjouissaient
de soupe au giraumon
et de jarrets de boeuf
êtes-vous morts mes ancêtres
je ne suis point le juge
vivez-vous à moitié comme ils disent
montrez-moi vos visages
travaillés pour calmer Charles X
on a voulu que vous soyez seuls au monde
on a voulu montrer aux téméraires
à quel point c’est coûteux
des yankees ont volé ont violé
Charlemagne Péralte crucifié
sur la porte
Rosalvo Bobo
souffle sang liberté
à la rue Monseigneur Guilloux
un étudiant a reçu
une balle dans le dos
je voudrais voir tes ongles
Grand-Mère
Père-Grand
montre-moi ton visage
quand tu danses le guédé
je ne vois pas tes hanches
quand tu chantes “lekezou”
non pas à vous mais
à Jésus JE donne gloire
tes tambours tes baguettes
sont étranges à mes jambes
l'idolâtrie des noms
et les chants de tes loas
loin de moi
non pas à vous non pas à vous mais
à Jésus JE rends grâce
mère-grand-père
la mer pousse des vents
qui racontent vos amours
à ces filles
têtues de la ville
la mer reprend ses chants
à la rue étranglée
témoin des complaintes de la terre
les élites mégalos
vendent encore la récolte
pour cinq sous pour dix sous
les élites mégalos
brûlent les souliers des malheureux
Grand-Père-Mère-Mère-Père
une de mes condisciples a arraché ma langue
et a mis à la place
de la poésie de chambre
Grand-Père-Mère-Mère-Père
Jésus-Christ a brûlé mon bon-ange
son esprit à la place
montre-moi ta figure
montre-moi ta démarche
je voudrais voir tes ongles
et que tu me voies moi
comme ton ombre détournée
aliénée
attachée à chaque rue de notre île
les élites mégalos
ont troqué la récolte
pour cinq mercédès
et deux invitations
les élites mégalos
ont vendu ta photo
Jacob JEAN-JACQUES
Paris, le 09/05/2026
Cartographie poétique de soi
Le samedi 9 mai 2026, de 20h à 21h44 (heure de Paris), s'est tenue la deuxième rencontre officielle du groupe MIROIR. Cette séance a articulé lectures théoriques sélectives et atelier d'écriture créative auto-ethnographique, afin d'explorer les identités des participant.es : Elsie Laurès Minkoue, Marwa Elzeiny, Svitlana Kovalova et Jacob JEAN-JACQUES. Cette publication constitue la restitution de l'atelier d'écriture animé par Jacob JEAN-JACQUES. Elle présente les textes originaux produits à cette occasion.




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