Svitlana KOVALOVA
Ce blog publie les travaux de Svitlana KOVALOVA, qu'il s'agisse de poèmes autoethnographiques, de réflexions, de notes ou de fiches de lecture.


Provocation
J'avais dix-neuf ans lorsque j'ai écrit Prière des nouveaux convertis. Je me souviens surtout du silence qui suivit sa première lecture. Depuis, je relis ce poème pour tenter de comprendre la nature de ce « nous », inquiétant autant que stupéfiant, que j'ai trouvé sans l'avoir cherché.
Prière des nouveaux convertis
Pour nous, renoncer revenait à trahir.
Dans nos paumes, la peur visqueuse, l’incrédulité, l’angoisse.
Égarés, nous nous prosternions pour baiser les cendres noires,
Encore chaudes, de Dazhbog brûlé.
Devant nous, la surface du fleuve s’est bruyamment écartée,
Et nous faisions le signe de croix, maladroitement et misérablement.
On nous apportait sur la croix un Dieu étranger,
Et l'on nous ordonnait de l'appeler Seigneur.
Mais face à l’Orient purifié et désormais orthodoxe,
Perun riait depuis les flammes sous les traits du prophète Élie.
Et entre les côtes des siècles ajustés l'un à l'autre,
Les paroles demeuraient comme les douze apôtres :
« Pardonne-nous, Seigneur, nos dieux païens ;
Comme eux te nous ont pardonné, Seigneur. »
Paris, le 18 juillet 2026
Atelier MIROIR
Les souvenirs de la neige
J'aime et je déteste la neige,
qui est pour moi à la fois un malheur, un salut et une perte.
Est-ce que je peux vraiment dire « pour moi » ?
L’histoire commune, l’histoire familiale,
jusqu’à quel point me déterminent-elles ?
À quel moment
est-ce que je me perds
dans des souvenirs
qui ne sont pas les miens ?
Je ne sais quel hasard a pu faire
qu'après avoir quitté la Sibérie après la mort de Staline,
d'anciens détenus se soient installés dans le sud-est de l'Ukraine,
dans une ville dont le nom se traduit par « la ville de la neige ».
Les souvenirs de la neige immense,
trop blanche et mortifère des camps soviétiques,
ne sont pas les miens.
Les souvenirs de la neige des jeux dans la cour scolaire,
ou de la neige fondue sous le soleil
transformant la route en kasha mélangée à la poussière de charbon,
sont les miens.
Je n'ai pas revu cette ville depuis 2014,
année où un régime totalitaire poutinien nourri de nostalgie soviétique
l'a rattrapée avant de s'en emparer.
Les souvenirs de la neige
tachée de sang
et labourée par les chars
ne sont-ils pas les miens ?
Svitlana KOVALOVA
Paris, le 09/05/2026
Cartographie poétique de soi
Le samedi 9 mai 2026, de 20h à 21h44 (heure de Paris), s'est tenue la deuxième rencontre officielle du groupe MIROIR. Cette séance a articulé lectures théoriques sélectives et atelier d'écriture créative auto-ethnographique, afin d'explorer les identités des participant.es : Elsie Laurès Minkoue, Marwa Elzeiny, Svitlana Kovalova et Jacob JEAN-JACQUES. Cette publication constitue la restitution de l'atelier d'écriture animé par Jacob JEAN-JACQUES. Elle présente les textes originaux produits à cette occasion.
Combats
Soutenir le bien-être émotionnel et la créativité, favoriser l'intégration sociale et la diversité culturelle, sensibiliser sur les enjeux environnementaux, soutenir le développement de la motivation intrinsèque en lecture.
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